Que signifie réellement le terme "biologique" dans le cannabis canadien?

Texte original en anglais : What does organic really mean in Canadian cannabis? | StratCann

Traduction libre:

Le terme « biologique » a beaucoup de poids dans les industries agroalimentaires, mais lorsqu’il s’agit du cannabis au Canada, sa définition est moins claire. Contrairement aux aliments, qui relèvent de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et de la Loi sur la salubrité des aliments au Canada, le cannabis ne bénéficie pas de la même reconnaissance fédérale. Cela confie donc la certification biologique à des organismes tiers, entraînant des variations dans les normes.

Selon l’agronome spécialisé en agriculture régénérative biologique, Av Singh, le manque de supervision fédérale signifie que la définition du cannabis biologique dépend largement des organismes indépendants qui gèrent déjà la certification des produits alimentaires biologiques.

« Le mot « biologique » a été usurpé par l’ACIA pour tout ce qui touche à l’alimentation », explique Singh. « La Loi sur la salubrité des aliments au Canada ne reconnaît pas le cannabis comme un aliment. Donc, l’ACIA estime ne pas avoir à le certifier. »

Malgré cela, des organismes tiers comme la Pacific Agricultural Certification Society (PACS), la Fraser Valley Organic Producers Association (FVOPA) et Pro-Cert évaluent la culture du cannabis selon des normes similaires à celles des produits alimentaires biologiques.

« Ce sont les mêmes personnes qui certifient notre café, nos fraises et notre laitue », ajoute Singh.

Un facteur clé pris en compte par ces organismes est le milieu de culture. Pour qu’une culture de cannabis soit certifiée biologique, elle doit utiliser un substrat contenant une fraction de matière organique et une fraction minérale — ce qui exclut des méthodes comme l’hydroponie ou l’aéroponie.

En l’absence d’un organisme gouvernemental unique pour appliquer la réglementation, les définitions peuvent varier. Singh souligne que la perception individuelle de ce qu’est le « biologique » peut aussi influencer la vision de la certification.

« Si, pour vous, biologique signifie durabilité écologique, cultiver une monoculture dans un bâtiment à forte consommation énergétique peut ne pas correspondre à votre vision du biologique », dit-il.

Elliot Fromowitz, conseiller en systèmes biologiques chez Coast Mountain Cannabis, partage cette opinion :

« Le mot « biologique » est utilisé à toutes les sauces aujourd’hui, et honnêtement, il a perdu une partie de son sens. Ce n’est pas parce qu’un produit est étiqueté biologique qu’il est pur ou vraiment naturel. »

Chez Coast Mountain, la définition dépasse la certification et inclut la gestion durable du sol et des intrants propres. Ils parlent d’un sol « vivant et issu de la Terre ». Ils utilisent le même sol depuis novembre 2019 et en sont à leur 29e cycle de culture — preuve selon eux de la résilience et durabilité de leur système.

Cela signifie éviter les sels synthétiques, les conservateurs, les intrants pétrochimiques et les agents de transformation à base de solvants. À la place, ils enrichissent leur sol avec des matières riches en carbone, du compost de qualité, des acides humiques et fulviques, et des probiotiques, favorisant un biome microbien actif. Résultat : une fleur avec de meilleurs profils terpéniques, des arômes plus intenses et une fumée plus douce.

Un autre producteur engagé est Rubicon Organics, certifié par la FVOPA. L’organisme entretient des relations nationales et internationales dans le secteur biologique, œuvrant à une reconnaissance mutuelle avec d’autres certificateurs mondiaux.

Chez Rubicon, la certification va bien au-delà du substrat. Les pratiques quotidiennes suivent des normes strictes :

  • Aucun OGM ni produits génétiquement modifiés
  • Engrais biologiques favorisant la vie microbienne
  • Pas d’hormones végétales ou régulateurs de croissance synthétiques
  • Seuls les produits autorisés pour la lutte antiparasitaire (selon les normes biologiques canadiennes)
  • Pas de nanotechnologie intentionnelle
  • Pas d’irradiation
  • Emballage certifié conforme aux normes FVOPA
  • Sol biologiquement actif exigé comme substrat
  • Compostage obligatoire des substrats (sauf restriction de Santé Canada)
  • Lumière naturelle comme source principale, avec ajout de lumière artificielle seulement en complément
  • Matériaux de palissage sans substances interdites

Ces exigences démontrent la complexité de la certification biologique du cannabis et le niveau d’engagement nécessaire pour l’obtenir.

L’importance de la transparence

Malgré les différences d’interprétation entre organismes, la transparence est essentielle. Selon Fromowitz :

« L’un des gestes les plus simples pour les consommateurs est de vérifier quel organisme certifie le produit. Si c’est vraiment biologique, ce sera indiqué sur l’emballage ou le site web. »

Il encourage les consommateurs à poser des questions : comment la plante est-elle cultivée ? Le sol est-il vivant et utilisé sur le long terme ? Quels types d’intrants sont utilisés ? L’approche va bien plus loin que le simple rejet des produits synthétiques — elle repose sur un écosystème équilibré et vivant.

Rubicon Organics estime que le cannabis devrait être inclus dans les mêmes cadres fédéraux que les produits alimentaires biologiques.

« Il devrait être soumis aux instances fédérales comme les autres aliments et permettre l’usage du logo biologique canadien s’il respecte les normes autorisées », affirme la directrice des opérations Melanie Ramsey.

Elle ajoute qu’une norme biologique fédérale garantirait transparence, sécurité, durabilité et cohérence pour toute l’industrie — et offrirait plus de clarté aux consommateurs, aux détaillants et aux distributeurs provinciaux.

En attendant, les producteurs continueront de travailler avec des certificateurs indépendants, chacun appliquant des standards semblables — mais pas toujours identiques. Aujourd’hui, au Canada, ce qui rend le cannabis « biologique » reste en partie une question d’interprétation… mais pour les cultivateurs les plus engagés, c’est une philosophie vivante, fondée sur l’écologie, la transparence et la confiance.