Article original en anglais publié par StratCann: Quebec's Cannabis and Hemp Industry: a detailed economic snapshot reveals growth, hurdles, and future potential | StratCann
L’étude économique menée par AppEco: Analyse économique de l’industrie du chanvre et du cannabis.pdf (2,6 Mo)
Traduction libre:
Un nouveau rapport exhaustif intitulé « Analyse économique de l’industrie du chanvre et du cannabis » offre une exploration approfondie du paysage économique des secteurs émergents du chanvre industriel et du cannabis au Québec.
Commandé par l’Association Québécoise de l’Industrie du Chanvre et du Cannabis (AQIC), le rapport souligne la croissance importante de l’industrie depuis la légalisation du cannabis en 2018, tout en examinant les obstacles réglementaires persistants ainsi que les défis liés à l’acceptabilité sociale et à la stigmatisation.
Le rapport appelle à des réformes politiques afin de soutenir la croissance continue de l’industrie du chanvre industriel et du cannabis au Québec et au Canada. Il préconise l’adaptation de la réglementation fédérale applicable au chanvre industriel, la clarification des directives pour les produits à base de CBD, et une amélioration de l’acceptabilité sociale du chanvre industriel comme du cannabis médical.
Pierre Leclerc, président de l’AQIC, indique que le rapport poursuit deux objectifs principaux. Le premier est de fournir à l’industrie des données concrètes permettant d’étayer ses demandes auprès des autorités fédérales et provinciales, afin de démontrer les retombées économiques de l’industrie du cannabis au Canada.
Le second objectif, plus spécifique au Québec, concerne les élections provinciales prévues pour le 5 octobre 2026.
« Depuis la légalisation, l’industrie réclame de nombreux changements réglementaires aux niveaux provincial et fédéral, explique Leclerc. Nous avons bien cerné les enjeux, mais sans données de fond pour les appuyer. Nous avons estimé que l’industrie était suffisamment mature pour justifier ses revendications par des données économiques solides et approfondies sur le secteur du cannabis et du chanvre. »
« À ce jour, les analyses disponibles publiquement ont été largement menées par le gouvernement. On dispose d’informations sur les effets sur le PIB et les investissements dans le marché légal, mais peu au-delà. »
« De plus, le Québec entre dans un cycle électoral provincial. Les partis politiques sont en train d’élaborer leurs plateformes, et nous savons que la CAQ (Coalition Avenir Québec, le parti au pouvoir) est peu favorable à l’industrie du cannabis, la considérant uniquement comme une substance nocive. Pour eux, l’industrie ne représente aucun potentiel économique. Nous voulons nous assurer que les autres partis comprennent réellement ce qu’est cette industrie. »
Cela dit, Leclerc note qu’alors que la CAQ s’est montrée jusqu’à présent très prudente en matière de politique sur le cannabis, certains signes d’ouverture apparaissent. Plusieurs députés de la CAQ figurent parmi les nombreux élus provinciaux ayant réagi positivement après lecture du rapport.
« Nous avons envoyé l’analyse à chaque député de l’Assemblée nationale du Québec et avons reçu d’excellents retours, y compris de membres de la CAQ. Ils veulent en apprendre davantage sur l’industrie, donc je pense qu’on progresse doucement. Et c’est précisément l’objectif du rapport : amorcer cette discussion, et nous avons estimé qu’un document comme celui-ci était la meilleure façon de le faire. »
Le rapport suggère également que la révision de la réglementation fédérale, des réformes fiscales et une diversification des produits constituent des leviers pour maintenir une croissance durable et assurer la compétitivité dans un marché en évolution.
Le PIB de l’industrie légale du cannabis au Québec, exprimé en dollars enchaînés de 2017, est passé de 63 millions de dollars en 2018 à une estimation de 1,1 milliard de dollars en 2024 (soit environ 1,4 milliard en 2025). Cela représente une augmentation significative de sa part dans le PIB total du Québec, passant de moins de 0,1 % en 2018 à 0,25 % en 2024.
La création d’emplois dans le secteur est également notable. Les secteurs de la fabrication de produits du cannabis et de la distribution en gros au Canada ont vu leur niveau d’emploi plus que doubler, passant de 2 700 emplois en 2020 à près de 6 000 en 2023. La SQDC (Société québécoise du cannabis) compte à elle seule environ 1 200 employés.
Une enquête auprès de 47 entreprises révèle une industrie diversifiée, avec une prédominance d’acteurs dans la fabrication (57,4 %) et dans le secteur primaire (51,1 %). Le chiffre d’affaires total cumulé des répondants atteint 468,4 millions de dollars, avec 67,6 % déclarant des revenus inférieurs à 10 millions de dollars, indiquant une industrie majoritairement composée de petites et moyennes entreprises.
L’industrie québécoise affiche également une forte présence locale, avec 70,1 % des revenus générés sur le marché provincial. Les entreprises montrent aussi un écosystème de fournisseurs locaux bien établi, collaborant en moyenne avec 50 fournisseurs, principalement situés à Montréal (68,1 %).
Malgré ces résultats positifs, le rapport identifie plusieurs obstacles majeurs auxquels est confrontée l’industrie du cannabis aux niveaux provincial et fédéral. Bien que la législation distingue le chanvre industriel du cannabis, des règles fédérales rigides et des zones réglementaires floues entravent l’innovation et la compétitivité. Par exemple, les produits dérivés du chanvre industriel sont souvent soumis aux mêmes régulations que les produits issus du cannabis, malgré leur faible teneur en THC.
L’acceptabilité sociale demeure également un enjeu central. Le rapport souligne que la perception publique influence l’usage du cannabis médical, pour lequel des barrières d’accès et un manque de reconnaissance subsistent. De plus, la promotion du chanvre industriel est freinée par sa ressemblance visuelle avec le cannabis récréatif, créant une confusion qui complique le développement et le marketing du secteur.
Beaucoup de patients canadiens continuent d’avoir recours au cannabis médical en dehors du système officiel, en raison de coûts élevés ou d’un manque de soutien de la part des professionnels de la santé, ce qui soulève des préoccupations concernant la sécurité des produits non certifiés.
Malgré cela, le rapport souligne de solides perspectives de marché pour le cannabis et le chanvre industriel. L’intégration croissante de ces produits dans les secteurs alimentaires et du bien-être est portée par une demande accrue en protéines végétales et en produits naturels. Le béton de chanvre (« hempcrete »), matériau de construction écologique, est également mis en valeur pour ses bénéfices énergétiques sous-estimés, notamment sa capacité à réduire les besoins en chauffage et à séquestrer le CO₂. Son potentiel reste pourtant largement inexploité en raison d’un manque de reconnaissance et de promotion.
Enfin, la SQDC, seul détaillant légal de cannabis récréatif au Québec, a enregistré une forte croissance de ses ventes, atteignant 662,1 millions de dollars en 2023-2024, soit une multiplication par neuf depuis 2018-2019. Cette croissance témoigne d’une intégration progressive des consommateurs au marché légal.
En regardant vers 2029, l’expansion de l’industrie devrait rester modérée, marquant une phase de consolidation. Plus de la moitié des entreprises interrogées ne prévoient pas d’ouvrir de nouveaux établissements, tandis que 28,9 % envisagent une seule nouvelle implantation.
